Loïc Chevalley Francais

Nom comme tu aimerais qu’il apparaisse : Loïc Chevalley

 

Genre comme tu aimerais qu’il apparaisse : Non-Binaire

 

Ville dans laquelle tu vis et/ou improvise le plus : Lausanne (Suisse)

 

Site perso ou projet que tu aimerais voir mentionné : https://www.instagram.com/loic_chevalley/

 

Biographie d’impro : J’ai commencé l’improvisation quand j’avais douze ans, à l’école et rapidement c’est devenu ma passion et mon travail. J’ai travaillé sur beaucoup de styles d’impro différents : Courtes et longues formes, spectacles scolaires, plus littéraires, impro plus écrite, etc. J’ai dirigé une compagnie pendant trois ans et l’année passée j’ai créé mon premier spectacle d’impro qui s’appelle : « Nuit Blanche ». J’ai enseigné et enseigne beaucoup aussi, à des débutant.e.x.s comme à des improvisateur.ice.x.s plus expérimenté.e.x.s. Actuellement je travaille sur deux spectacles, l’un est à propos de Koltès, un auteur dramatique français et sur un duo avec un ami improvisateur. Je me pose aussi beaucoup de questions sur le but que peut avoir l’improvisation en termes de retombées politique et pédagogique. 

 

Comment être trans*/NB influence ton impro ?

C’est un trèèès bonne question. Haha. D’abord, je pense qu’étant donné que j’ai été confrontéx aux stéréotypes de genre toute ma vie – notre chère société cisnormative voulant me faire comprendre comment je devais agir en tant que « garçon » – je les vois très rapidement sur une scène. Dans le sens qu’à chaque fois qu’une improvisatrice qui s’identifie en tant que femme est en train de jouer le rôle de la personne qui suit et qui prend pas de décisions ou quand un improvisateur qui s’identifie en tant qu’homme joue quelque chose qui me fait penser à de la masculinité toxique sans le conscientiser, je le vois directement. Donc j’ai l’impression que je vais vers un jeu avec moins de ces stéréotypes. 

L’autre aspect c’est que j’essaie de balancer l’énergie du groupe sur la scène quand je sens que les personnes qui s’identifient en tant que femmes sont constamment coupées quand elles parlent, sur scène ou en dehors par exemple. Je réponds plus à « Comment ma transidentité influence mon travail hors-scène » ou à propos de ma « métaimpro », mais j’ai l’impression que c’est lié. 

L’autre partie de comment ça m’influence, c’est qu’à chaque fois que je monte sur scène, j’ai la sensation que toutes les possibilités me sont ouvertes. J’ai l’impression que je peux tout jouer parce que comme je ne m’identifie ni à une femme, ni à un homme, je n’ai pas l’impression que le public attend quelque chose de mon genre. 

 

Est-ce que tu joues souvent des personnesages trans*/NB ? 

J’hésite entre répondre « toujours » ou « jamais ». Toujours parce que dans ma tête, beaucoup des personnages que je joue ne sont pas genré.e.x.s, dans le sens que leur genre n’est même pas défini dans ma tête parce que j’ai l’impression qu’on n’en a rien à foutre. Et jamais parce que je n’en parle pas souvent dans les impros et que souvent mes personnages sont genré.e.x.s par mes partenaires de jeu. 

Et ce qui est bizarre quand je joue, et c’est peut-être faux, c’est que j’ai l’impression que le public et mes partenaires de jeu genrent mes personnages sur la base de mon expression de genre, qui est plus masculine que neutre. Et je peux comprendre d’où ça vient quand on joue des formats courts où tout va vite et que la majorité des personnes associent expression de genre masculine avec s’identifier en tant qu’homme. Mais je sais pas vraiment comment changer ça en impro. 

 

Comment tu te sens à propos d’acteur.ice.x.s cisgenres qui jouent des personnages trans*/NB en impro ? 

De nouveau, je ne sais pas quoi répondre. Je suis partagé entre le besoin de voir plus de représentations de personnes trans* sur les scènes aujourd’hui et le fait qu’un.e acteur.ice  cisgenre a une bonne chance de lae représenter avec un tas de stéréotypes que je ne veux plus voir. Je suis fatigué.e et saoulé.e des blagues à propos des personnes trans* dans l’impro et j’ai l’impression que beaucoup de ces blagues sont faites quand une personne cisgenre joue un personnage trans*. (Ces blagues impliquent le fait d’appeler un personnage trans* « M’sieur, dame » à chaque fois. Sérieusement. Arrêtez de faire ça.)

Du coup je dirais qu’en impro on a besoin d’acteur.ice.s cisgenres bien informé.e, de vrai.e.s allié.e.s, qui jouent des personnages trans* et qui acceptent de ne pas surfer sur la vague de blagues oppressives transphobes quand le sujet est amené sur la scène. On a besoin de gens qui les jouent avec intelligence, subtilité et qui comprennent qu’être trans* n’est pas la seule partie de nos vies. (Ce qui veut dire qu’un personnage trans* n’a pas besoin d’en parler chaque seconde de l’impro.)

(Je pense qu’au théâtre ou au cinéma le problème est un peu différent à cause des problèmes qu’ont les personnes trans* à trouver des rôles et du ras-le-bol qu’on a de voir des personnes cisgenre nous jouer comme des personnes nevrosées et remplies de problèmes liés à nos corps. Et les modalités de création sont différentes et je pense que ça changerait la réponse à cette question aussi, mais ce n’est pas la question ici ! Haha)

 

A part en l’annonçant, comment tu pourrais savoir/montrer qu’un personage est trans*/NB ?

Sans lae genrer. En utilisant d’autres pronoms que ceux auxquels on s’attend (et en n’en faisant pas une blague). En utilisant des pronoms neutres, des noms de métiers neutres. (« Iel vient quand ton éditeurice ? ») Bam. Inclusivité : done.

 

Comment tu te sens par rapport au fait de jouer des genres différents en general, dans le sens de nommer des genres et de les exprimer ? 

Si c’est fait avec subtilité et intérêt : Vraiment bien en impro. J’ai 0 problème à imaginer une improvisatrice qui s’identifie en tant que femme jouer un personnage qui s’identifie en tant qu’homme et qui a une expression de genre masculine. Parce qu’il n’y a pas de problèmes avec ça. Le problème pour moi arrive quand quelqu’un joue un personnage qui vit une oppression sans le conscientiser. Il faut qu’on arrête de voir des improvisateurs qui s’identifient en tant qu’homme jouer la secrétaire débile ou la prostituée chaude parce que c’est basiquement une personne qui se moque d’une oppression qui le met dans la place du privilégié. Et j’ai pas l’impression que c’est utile de faire ça. Mais je pense que si un improvisateur qui s’identifie en tant qu’homme joue une personne qui est une femme et que le personnage est intéressant et que c’est pas juste « la meuf masculine du spectacle », ça peut être intéressant. (La question me fait beaucoup réfléchir et je suis pas sûr d’être d’accord avec mes réponses, mais disons que c’est mon avis pour l’instant !). 

 

Est-ce que ta communauté d’impro local connaît/comprend ton genre ? Si oui, comment ça s’est passé en terme d’acceptation/de compréhension. 

Iels le savent. Je pense qu’une poignée d’entre elleux le comprennent, peut-être même pas mal d’entre elleux. Je sais pas vraiment. Je ne sais même pas si je suis out à tout le monde dans ma communauté d’impro. Ce dont je suis sûr est qu’il y a un réel intérêt à propos des questions trans* et que je vois beaucoup de gens qui essaient d’améliorer leur inclusivité. 

 

Ce seraient quoi les choses que les entraîneur.euse.s/metteur.euse.s en scène/improvisateur.ice.s pourraient faire pour que les improvisateur.ice.x.s trans* se sentent en sécurité et accueilli.e.x.s ? 

Pour les entraîneur.euse.s : Commencer par un cercle des pronoms où chacun.e.x exprime à haute voix quelles parties du corps iel n’est pas à l’aise que l’on touche. Dire clairement que le stage d’impro est un endroit où l’oppression n’a pas sa place. Ne pas laisser passer des blagues transphobes sur la scène comme si c’était normal. Ne pas utiliser des phrases telles que « Les garçons vous faites ça et les filles vous faites ça. » ou « Faites deux groupes, les garçons d’un côté, les filles de l’autre. ». Essayer de pousser les élèves hors des stéréotypes de genre en orientant les impulses des situations si on travaille avec ce genre d’outils. Utiliser des substantifs non-genrés ou inclusifs : Improvisateurice, joueureuse, etc. 

Pour les metteur.euse en scène : Engager des improvisateur.ice.x.s trans*. Demander leurs pronoms et les utiliser. Ne pas penser « J’ai besoin de deux hommes et deux femmes pour ce spectacle. », mais penser « J’ai besoin de représenter le plus de personnes sur le spectre du genre pour ce spectacle. ». Ecouter les improvisateur.ice.x.s trans* quand iels disent que quelque chose est oppressif. Ne pas demander à ses improvisateur.ice.x.s de rester dans des stéréotypes de genre. 

Pour les autres improvisateur.ice.s : Demander les pronoms de votre collègue si vous savez qu’iel est trans*, les demander si vous le savez pas aussi, parce qu’on ne sait jamais le genre d’une personne. Engager des discussions sur ce avec quoi vos collègues sont confortables ou non sur scène (toucher des parties du corps par exemple, mais aussi certains sujets), peut-être que votre collègue du jour n’est pas dans le mood de faire une impro pédagogique à propos des transidentités aujourd’hui parce que ça a été un jour difficile et je pense que c’est bien de parler de ces choses. S’iel est non-binaire, ne pas systématiquement genrer ses personnages avec le genre auquel iel a été assigné.e.x à la naissance. Ne pas les genrer sur scène ou les genrer différemment. 

Pour toutes ces personnes : Parler avec nous, nous poser des questions et demander quels pronoms on utilise. Et demander nos pronoms n’est pas suffisant, il faut les utiliser. Devenir des allié.e.s en expliquant ça à d’autres collègues pour rendre nos vies plus simples. Et s’il-vous-plaît : Nous écouter quand on dit que quelque chose est offensant. Si on prend l’énergie de discuter de ça avec vous (et ça peut être difficile de dire à un.e collègue que vous aimez que son comportement est oppressif) c’est parce qu’on pense que c’est plus simple pour vous de changer ce comportement que ça l’est pour nous de le supporter. 

 

En réflechissant à des exemples de personnages trans*/NB dans les medias (impro, tv, films, pièces, etc.), quels sont les meilleurs personnages trans*/NB ou les meilleures histoires que tu as vu représentées ? Les pires ? 

Je pense que le meilleur c’est l’enfant dans The OA qui est joué par Ian Alexander. Toute la série est super intéressante à propos de l’inclusivité et ce personnage est incroyable parce que sa transidentité n’est pas un problème, c’est juste une couleur dans une vie et un développement plein de couleurs différentes. 

Le pire en impro c’est le personnage trans* qui est joué comme un fantasme sexuel exotique. Celui qui est évidemment prostitué.e.x et où on passe toute l’impro à faire des blagues sur ses parties génitales. 

Et si je dois penser à des films, pour moi l’un des pires c’était le film « Girl » de Lukhas Dont, qui est un film ostentatoirement fait par et pour des personnes cis avec un acteur cis. J’en ai un peu marre de nous voir représenté.e.x.s comme si on était tout le temps en train de souffrir et comme si tout était toujours lié à notre corps. Je dis pas qu’une vie de personne trans* est facile et je ne sais pas ce que c’est que d’être une personne FtM (Female to Male = Une personne qui transitionne d’une identité féminine à une identité masculine.) mais j’ai parlé à des personnes concernées de ce film et je sais qu’il y a un immense manque de représentation de personnes trans* qui vont bien ou qui ont d’autres problèmes que des « problèmes de trans* ». 

Spoiler alerte : On a les mêmes problèmes que vous, comme oublier nos clés et on a de la joie aussi, comme aller dans un bar avec des ami.e.x.s.

 

Qui est-ce que tu suis ou admires comme personnes trans*/NB en impro ou dans le monde en general ? 

Il y a un compte instagram qui s’appelle @aggressively_trans et la personne qui le gère fait un travail dingue de pensée et de vulgarisation. Je suis très admiratif.ve de la qualité et de la quantité de taf. J’aime aussi beaucoup le travail d’Aimé Pestel (@aime.pestel), un artiste trans* et de Léon Salin Chappuis (@salinleon), un militant trans* suisse. J’aime aussi aller lire la pensée de Paul B. Preciado, un auteur trans* qui est génial ! 

Qu’est-ce que toi et les autres performer.euse.x.s trans*/NB vous avez à offrir de spécial ? 

Une nouvelle manière de penser la représentation, des solutions pour jouer des personnages qui ne doivent pas être là où iels sont censé.e.x.s être par rapport à leur genre supposé, une volonté d’inclusivité sur scène, mais aussi dans les stages et ateliers et dans le public, des discussions à propos de pourquoi la représentation de quoi que ce soit est un acte politique. Et je peux vous offrir un verre pour célébrer une conversation interéssante ! 

Et merde, on est des badass, on se bat tous le sjours pour avoir le droit de vivre tranquillement, donc on devrait savoir comment jouer des super-héro.ïne.x.s cools je pense !

 

Y a-t-il encore quelque chose que tu aimerais dire à propos d’être trans*/NB ou de l’impro en general ? 

C’est pas facile tous les jours, hier encore j’étais saoulé.e par pas mal de trucs que j’ai vu sur scène à propos de clichés et de représentations et d’être mégenré.e par le public, mais ce qui est bien c’est que le travail à faire est clairement dur, mais magnifique aussi. Mais je dois être honnête, on a besoin de l’aide de tout le monde, on a besoin d’allié.e.x.s solides.